THE LAST SHIP au Theatre Royal Drury Lane
Stuart King
1 octobre 2026 à 21:55
En hommage aux constructeurs de navires de Wallsend, la ville de sa jeunesse, Sting, ancien membre de The Police et artiste solo depuis quarante ans, a créé THE LAST SHIP, qui a officiellement été présenté au Theatre Royal Drury Lane mercredi soir.
The Last Ship au Theatre Royal Drury Lane. Photo par Nienke de Groot.
Avec ce que le programme présente comme « un nouveau livret de Barney Norris, d'après un livret de Lorne Campbell, lui-même tiré d'un livret original de John Logan et Brian Yorkey », la comédie musicale met en valeur la musique et les paroles de Sting dans un récit âpre, ancré dans les docks du nord de l'Angleterre. Nous sommes sous Thatcher : l'avenir des ouvriers syndiqués du chantier naval ne tient qu'à un fil (et semble promis au même sort que celui des mineurs et des sidérurgistes), et les habitants se sont habitués à la stabilité et à la routine de navires construits puis lancés sur la Tyne. Le chantier ayant pris du retard, l'Utopia pourrait bien être le dernier, car ces retards ont attiré l'attention de la ministre conservatrice qui attribue les contrats publics. Elle a décidé d'annuler toutes les commandes à venir, estimant le moment venu de mettre les ouvriers au pas. Pour un spectateur français, difficile de ne pas penser aux chantiers navals de La Ciotat, dont la fermeture à la fin des années 1980 a marqué toute une ville.
De retour dans la ville qu'il a quittée dix-sept ans plus tôt, Gideon (Declan Bennett) est en permission des Royal Marines. Il doit affronter une vérité douloureuse : il ne se réconciliera jamais avec son père, mort récemment. Il apprend aussi que la jeune fille qu'il aimait, Meg (Frances McNamee), était enceinte de leur fille Ellen (Hannah Richardson) lorsqu'il est parti, toutes ces années auparavant. Pendant ce temps, Jackie White (Sting) est la voix autour de laquelle les dockers et leurs familles se rassemblent lorsque le chantier est menacé de fermeture. Sa femme Peggy (Jackie Morrison) lui apporte soutien et stabilité tandis qu'il succombe peu à peu à un cancer du poumon, observé sans relâche depuis l'ombre par la présence menaçante du Wallsend Ferryman (Shaggy le soir de la première), le passeur qui, selon la légende, accompagne les âmes des ouvriers disparus.
Même si quatorze autres interprètes vont et viennent pour les grands numéros d'ensemble, ce sont les ballades de Sting et ses duos finement ciselés qui retiennent l'oreille et donnent de l'émotion à des personnages par ailleurs stoïques. Pourtant, malgré toutes les belles couleurs vocales sur scène (portées avant tout par Bennett et McNamee), la véritable star de la soirée est la magnifique projection, omniprésente, de l'immense poupe du navire en cale sèche. Elle change sans cesse au gré de la lumière, tandis que les ouvriers s'affairent sur les tôles d'acier, poste à souder en main, ou montent et descendent devant sa façade titanesque sur des poutrelles d'acier qui s'élèvent et s'abaissent. Du point de vue de la mise en scène, elle a pour effet de concentrer (ou de limiter ?) l'action, obligeant tout le monde à jouer à l'avant-scène, au centre, mais elle sert aussi les thèmes sans détour de l'ombre et de la lumière, du bien et du mal, de la culpabilité et du repentir, qui traversent une intrigue simple mais prenante.
Sting n'a jamais été un acteur de grand relief et il est ici éclipsé par les facéties pleines d'assurance de Shaggy et sa présence détachée (précisons que pour le reste des représentations, le rôle du Ferryman sera tenu par Lejaun Sheppard). Mais, et c'est bien plus notable (et tout à fait approprié), les deux têtes d'affiche venues de la comédie musicale citées plus haut ont tout loisir de briller et de donner un nouveau souffle au répertoire du compositeur. Les accents de When We Dance — qui a sans doute accompagné le chagrin d'amour de millions de personnes — résonnent ainsi magnifiquement dans le contexte de la pièce.
THE LAST SHIP ne va peut-être pas révolutionner la comédie musicale, mais le spectacle a beaucoup d'atouts et il est bien loin d'être un simple projet de vanité pour un homme qui a connu le succès à maintes reprises au cours d'une carrière de près de 50 ans.
D'une durée d'un peu moins de trois heures, entracte compris, la production poursuit sa série limitée au Theatre Royal Drury Lane jusqu'au 3 octobre.
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