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MARTIN GUERRE au Old Vic

Stuart King 21 octobre 2026 à 00:37

Boublil et Schönberg avaient créé MARTIN GUERRE dans le West End dès 1996, où le spectacle avait tenu 675 représentations. Je me souviens d’en être ressorti un brin déçu à l’époque, surtout au regard des succès phénoménaux qu’avait déjà signés le duo, Les Mis et Miss Saigon. Nous voici 30 ans plus tard, et Matthew Warchus s’est fait grand remanieur et façonneur en chef en mettant en scène et en développant une version révisée du spectacle, avec de nouvelles paroles et de nouveaux éléments signés Annabel Mutale Reed et Paul Hodge. Fallait-il vraiment remettre l’ouvrage sur le métier ? Et comment, sans le moindre petit soupçon de doute.

Martin Guerre au Old VicMartin Guerre au Old Vic. Photo par Helen Maybanks.

Le plus notable des changements structurels est le déplacement de l’attention, du personnage-titre vers son épouse abandonnée, Bertrande. C’est la menue mais redoutable Liv Andrusier qui l’incarne ici (elle avait d’abord retenu mon attention dans le superbe RIDE), et le stoïcisme farouche du personnage, sa détermination à rester fidèle au jeune homme qui l’a abandonnée, ne naissent pas d’une simple naïveté idéaliste. C’est une femme qui sait ce qu’elle veut et qui refuse de céder aux railleries et au jugement de ses voisins campagnards. Guerre s’enfuit à la guerre pendant sept ans, et durant tout ce temps la fermeté de Bertrande fait d’elle la cible de la colère des villageois de ce coin assoupi du Sud-Ouest de la France. Après des années de sécheresse et de maigres récoltes, même le curé d’Artigat, Father Dominic (Adam Pearce), finit par y reconnaître la colère de Dieu face à l’affront d’un mariage non consommé. On murmure à la sorcellerie, mais les tentatives de faire condamner Bertrande sont déjouées par le retour inattendu de Guerre au village. La guerre l’a changé, et pourtant sa réapparition annonce le retour des pluies et lui vaut un accueil de héros. Mais tout est-il vraiment comme il se doit, alors que le couple comblé se retrouve pour fonder une famille et revendiquer les terres qui devraient légitimement lui revenir ?

Autre changement important par rapport à l’original (en plus de paroles nettement meilleures) : le style musical, qui a pris une couleur bien plus folk, dans la lignée de nombreux succès récents de la comédie musicale comme Once, Benjamin Button et Harold Fry. Cette beauté dépouillée se remarque tout particulièrement dans le grand moment de Bertrande, « Someday », puis dans les duos entre Bertrande et Martin (Shane O’Riordan, dont le léger vibrato de ténor se fond parfaitement avec la voix d’Andrusier dans les harmonies), où chacun fait preuve d’une technique sans effort apparent et d’une vraie présence de star.

Le soir de la première, Chris Poon dirigeait l’orchestre avec précision et clarté, laissant les notes opérer leur magie intime dans toute la salle sans jamais traîner ni nécessiter de suramplification. Si vous voulez savoir si l’histoire se termine sur une note heureuse ou triste, il vous faudra aller voir le spectacle (inspiré d’une histoire vraie) par vous-même — et je vous y encourage vivement.

MARTIN GUERRE se joue en arène, d’une traite et sans entracte, pour une durée de 1 h 30. La production se poursuit au Old Vic jusqu’au 31 octobre.

Martin Guerre à Londres

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